Franc-maçonnerie

On nomme franc-maçonnerie un ensemble de phénomènes historiques et sociaux particulièrement divers formant un espace de sociabilité qui recrute ses membres par cooptation...


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Franc-maçonnerie

Définitions :

  • Association secréte organisée en loges, militant pour le progrés et l'idéal philosophique. Les symboles de la franc maçonnerie sont , entre autres, le triangle équilatéral, l'équerre et le compas. (source : recitus.qc)
  • Association partiellement secrète à caractère philosophique religieux et mutualiste créée au 17 ème siècle à la suite du grand incendie de Londres qu'il fallut reconstruire.... (source : pagesperso-orange)
Symboles maçonniques
sur l'épée de La Fayette.

On nomme franc-maçonnerie un ensemble de phénomènes historiques et sociaux particulièrement divers formant un espace de sociabilité[1] qui recrute ses membres par cooptation[2] et pratique des rituels initiatiques faisant référence à un secret maçonnique ainsi qu'à l'art de bâtir.

Difficilement traçable historiquement, elle semble apparaître en Écosse[3] puis en Angleterre au XVIIe siècle. Elle se décrit, suivant les époques, les pays et les formes, comme une «association principalement philosophique et philanthropique», comme un «système de morale illustré par des symboles» ou comme un «ordre initiatique». Organisée en obédiences depuis 1717 à Londres, la franc-maçonnerie dite spéculative – c'est-à-dire philosophique – fait référence aux Anciens Devoirs de la maçonnerie dite opérative constituée par les corporations de bâtisseurs qui édifièrent, entre autres, les cathédrales[4].

Elle prodigue un enseignement ésotérique, progressif avec symboles et de rituels et souhaite être adogmatique. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots[5]. La bienfaisance est l'un de ses moyens d'action[6]. Sa vocation se veut universelle[7] quoique ses pratiques et ses modes d'organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques[8]. Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont donné pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

Elle s'est structurée au fil des siècles autour de la plupart de rites et de traditions, ce qui a entraîné la création d'une grande variété d'obédiences qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Elle a toujours fait l'objet de nombreuses critiques et oppositions, aux motifs particulièrement variables selon les époques et les pays.

Une discipline de réflexion porte sur la franc-maçonnerie : la maçonnologie.

Jardins du George Washington Masonic National Memorial
Jacques France (1879), Marianne maçonnique.

Concepts fondamentaux : Loges, obédiences et rites maçonniques

Les loges maçonniques existaient bien avant les obédiences[9]. Elles seules disposent du pouvoir d'initier de nouveaux membres. Une loge regroupe typiquement une quarantaine de francs-maçons actifs se réunissant en moyenne deux fois par mois, quoiqu'il existe quelquefois quelques loges spécifiques dont l'effectif peut se chiffrer à plusieurs centaines, avec une fréquence de réunion différente[10]. Généralement, chaque loge reste libre du choix de son président (le «Vénérable»), qu'elle élit chaque année, des sujets que ses membres souhaitent étudier, mais aussi des éventuelles actions extérieures, caritatives et/ou sociétales, qu'elle souhaite mener.

Les loges maçonniques se regroupent le plus fréquemment en obédiences maçonniques le plus souvent nommées «grandes loges» ou plus rarement «grands orients» ou «ordres». En se fédérant ainsi, les loges regroupent leurs forces, surtout en ce qui concerne les questions matérielles (financement et gestion de leurs locaux), rituelles (harmonisation des cérémonies) et d'intervisite (les membres d'une loge peuvent généralement fréquenter en visiteurs l'ensemble des autres loges d'une même fédération mais aussi l'ensemble des loges des fédérations amies de leur propre fédération) [11]. Il arrive aussi — en particulier en France, bien plus rarement dans les autres pays — que les obédiences maçonniques agissent ou s'expriment publiquement au nom de la totalité des loges qui les composent.

Le regroupement des loges en obédiences maçonniques, apparu pour la première fois en Angleterre en juin 1717, marqua un tournant des débuts de la franc-maçonnerie dite «spéculative». Il s'accompagne d'une relative perte de liberté de chacune des loges ainsi fédérées, dans la mesure où elles acceptent de se conformer aux règles spécifiques de leur fédération («constitutions» et règlements) [11], dont le premier exemple historique fut les Constitutions d'Anderson de 1723. Cependant, les loges restent généralement jalouses de leur marge de liberté et il n'est pas rare, au sein d'une même obédience maçonnique, de trouver des loges dont les programmes de travail, les actions et les compositions sociologiques sont particulièrement différents les uns des autres.

Enfin, un rite maçonnique est un ensemble assez homogène de cérémonies maçonniques. Un même rite maçonnique est parfois utilisé par des obédiences maçonniques différentes et certaines obédiences maçonniques fédèrent des loges qui pratiquent différents rites maçonniques. Il arrive aussi quelquefois, quoique bien plus rarement, qu'une seule et même loge pratique successivement différents rites maçonniques.

Histoire

L'historiographie maçonnique

Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'histoire de la franc-maçonnerie fut exclue du champ de l'histoire universitaire classique[12]. Elle s'est longtemps heurtée, surtout en France, au fait qu'elle était un enjeu de pouvoir entre les adversaires et les partisans de la franc-maçonnerie. Ces deux camps opposés parvenaient quelquefois, quoiqu'avec des objectifs opposés, à des conclusions semblables mais erronées. On en trouve un bon exemple à la fin du XIXe siècle dans la légende alors couramment admise selon laquelle la franc-maçonnerie aurait organisé en sous-main la Révolution française[13].

Depuis, l'historiographie maçonnique a pu se développer et donner naissance à une discipline autonome, la maçonnologie[12], consacrée à une étude élargie de l'univers culturel et intellectuel particulièrement varié que forme la franc-maçonnerie. Cette recherche est confrontée à la masse imposante de la production interne, essentiellement composée de travaux personnels qui sont révélateurs de l'imaginaire et de la variété des conceptions individuelles des francs-maçons mais qui font rarement preuve d'une grande rigueur épistémologique[13]. Elle est quelquefois aussi compliquée par des luttes d'influences entre obédiences et conceptions divergentes.

Ainsi, en ce qui concerne l'étymologie même des mots français «franc-maçon» et «franc-maçonnerie», des auteurs anciens, tels qu'Oswald Wirth, ont pu accréditer à leur époque l'idée d'une origine française, indépendante de l'origine britannique et liée à l'existence de franchises pour les maçons du Moyen Âge. Or si de telles franchises ont bien existé, l'usage de l'expression «franc-maçon» n'est pas pour tout autant attesté avant les années 1730 où il apparaît par traduction de l'anglais, surtout dans le discours de Ramsay imprimé en 1737, qui écrit en français dans le même texte «Francs-Maçons», «Francsmaçons», et «l'Ordre des Free-Maçons».

La franc-maçonnerie offre à l'historien de nombreux documents (correspondances, manuscrits, diplômes, gravures, caricatures, articles de journaux, imprimés). Elle a produit aussi la plupart d'objets rituels (tabliers maçonniques, tableaux de loge, vaisselle, médailles commémoratives, etc. ), mais également de la vie courante (montres, pipes, tabatières, sujets en faïence) exposés au public dans plusieurs musées ou expositions permanentes[12].

Origines légendaires

Bien que les premières véritables loges de francs-maçons, différentes des corporations, soient apparues au XVIIe siècle, en Écosse[3], la franc-maçonnerie a toujours ajouté à cette origine historique une origine légendaire et symbolique plus ancienne, support du travail initiatique de ses membres.

Les premiers francs-maçons positionnaient symboliquement cette origine mythique aux origines de la maçonnerie elle-même (comprendre aux origines de l'art de bâtir). Dans un siècle où les travaux de la paléontologie n'existaient pas encore, il fut tout naturel pour eux de placer cette origine à l'époque d'Adam (le premier homme, selon la conception de l'époque), à celle de Noé (construction de l'arche et religion première) ou, bien plus souvent, à celle de la construction du temple de Salomon par l'architecte Hiram Abif.

Vers 1390 déjà, le «Manuscrit Régius», qui décrivait les usages des maçons anglais, plaçait emblématiquement leur corporation sous l'égide d'Euclide et de Pythagore, pères de la géométrie, et sous la protection du roi Athelstan d'Angleterre[14].

En 1736, en France, le chevalier de Ramsay rattache la franc-maçonnerie aux Croisés[15]. D'autres, légèrement plus tard, transformeront cette référence en une référence symbolique au Saint-Empire romain germanique, ou à l'Ordre du Temple (en Allemagne, en Angleterre et en France).

Suite à la parution en France du Séthos de l'abbé Jean Terrasson en 1731 puis à la redécouverte de l'Égypte antique par les occidentaux, c'est tout naturellement que certains rituels maçonniques déplacèrent l'origine symbolique à l'époque de la construction des pyramides[16].

Au milieu du XIXe siècle romantique enfin, à l'occasion de la redécouverte de l'héritage du Moyen Âge, le mythe maçonnique renforça tout aussi naturellement ses références à la construction des cathédrales.

Derrière toutes ces apparentes modifications symboliques se détache clairement une constante : la franc-maçonnerie s'est toujours positionnée sous le patronage symbolique de tous ceux qui firent progresser, tout au long de l'histoire, l'art de bâtir et les valeurs dont elle se réclame.

Fondation des premières loges

Article détaillé : Loge maçonnique.
Marques de maçons, Rosslyn Chapel, Écosse

Une loge maçonnique est une structure locale comprenant typiquement quelques dizaines de francs-maçons.

La plus ancienne loge maçonnique connue dont on puisse clairement établir qu'elle était structurellement différente de la corporation locale de maçons opératifs (à laquelle elle restait cependant adossée) fut celle de Mary's Chapel, fondée en 1599 sous l'autorité de William de Saint Clair, à Édimbourg en Écosse[3]. Comme elle , la majorité des toutes premières loges maçonniques différentes des corporations sont écossaises et créées sous le régime des statuts Schaw. Elles sont jalouses de leur indépendance et pratiquent :

Ces deux rites sont identiques à ceux qu'on peut trouver dans d'autres corporations ou confréries de métiers de l'époque, telle que, par exemple, celle des francs-jardiniers[20]. Cependant, la prééminence donnée dans la société de l'époque au métier de maçon, leur réputation et celle de leur rituel attirèrent dans leurs rangs, en particulier à partir de 1670, d'assez nombreux gentilshommes et bourgeois. Assez fréquemment ceux-ci, après avoir reçu l'initiation maçonnique, continuaient à se passionner pour le sujet mais fréquentaient assez peu les réunions ordinaires de leurs loges[3].

Avant la fin du XVIIe siècle, il y eut aussi une trentaine de loges en Angleterre. Sir Robert Moray fut initié à Newcastle le 20 mai 1641 et le célèbre savant Elias Ashmole dans la loge de Warrington, Lancashire, le 16 octobre 1646. Selon son journal, ce dernier continua à s'intéresser à la franc-maçonnerie mais ne retourna en loge que quelques vingt ans plus tard.

Les loges maçonniques britanniques de la fin du XVIIe siècle rassemblent principalement des citadins de condition modeste, des artisans et des petits commerçants. Elles n'ont presque plus de liens avec le métier de maçon et ressemblent énormément aux sociétés amicales comme celles des francs-jardiniers ou des Odd Fellows. Leur objet principal est la bienfaisance et l'entraide mutuelle, à une époque où il n'existe pas de protection sociale publique. Elles aident leurs membres malades ou privés d'emploi, participent aux frais de leurs obsèques et assistent si besoin leurs veuves ou leurs orphelins[21]. Les cérémonies et rituels de l'époque sont fort simples. La Loge d'Alnwich fut fondée en 1701 et celle de York en 1705.

La manière exacte dont les loges «spéculatives» (c'est-à-dire philosophiques) se sont scindées des loges «opératives» (de métier) reste mal connue et demeure un sujet de recherche et de débats entre les spécialistes. L'hypothèse, dite «théorie de la transition», selon laquelle les loges opératives anglaises se seraient progressivement transformées en loges spéculatives au cours du XVIIe siècle en Angleterre, n'est plus actuellement soutenue par les historiens. Il semblerait qu'en Écosse, à l'époque en guerre contre l'Angleterre, les loges de type opératif organisées selon les statuts Shaw aient admis en leur sein quelques personnages n'appartenant pas au métier. Ils y faisaient figure de membres honoraires et n'assistaient presque jamais aux réunions. Légèrement plus tard, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, de nombreux aristocrates écossais fréquentent, parmi d'autres clubs, des loges maçonniques dans lesquelles les maçons de métier sont rares[22]. À la même époque en Angleterre, il n'existait déjà plus aucune organisation de maçons opératifs. Le lien entre les deux types de maçonnerie pourrait par conséquent avoir été établi par l'intermédiaire des sociétés amicales, jointe à l'influence d'aristocrates écossais jacobites[22] puis d'intellectuels tels que Robert Moray, Elias Ashmole ou James Anderson, initiés dans des loges d'origine écossaise mais exerçant leur activité en Angleterre[23], [24].

Fondation des premières Grandes Loges

Article détaillé : Obédience maçonnique.
La taverne «Goose & Gridiron», à Londres.

Une Grande Loge est un regroupement de plusieurs loges.

Le 24 juin 1717, jour de la fête de la Saint Jean, quatre loges londoniennes («L'Oie et le Grill», «Le Gobelet et les Raisins», «Le Pommier» et «La Couronne») se réunirent dans la taverne à l'enseigne «The Goose and Gridiron» et formèrent la première Grande Loge, la «Grande Loge de Londres et de Westminster»[25].

Ce groupe sera plus tard nommé, informellement, les «Moderns». Il s'appuiera sur les constitutions publiées en janvier 1723 par le pasteur écossais presbytérien James Anderson avec l'appui du pasteur et scientifique anglican Désaguliers et opèrera une synthèse entre la maçonnerie anglicane du «Rite des Anciens Devoirs» et la maçonnerie d'origine calviniste du «Rite du Mot de maçon», substituant à ces deux rattachements confessionnels un rattachement plus vaste au concept de «religion naturelle»[18] qu'il encadre cependant par ses références à la «Sainte Trinité».

Tableau des loges de la Grande Loge de Londres vers 1735.

C'est dans une large mesure[26] à partir de cette Grande Loge que la franc-maçonnerie se répandit en une vingtaine d'années dans toute l'Europe puis progressivement dans la totalité des colonies européennes, en Amérique en premier lieu, puis en Australie, en Afrique et en Asie. Des loges furent surtout fondées en Russie (1717), en Belgique (1721), en Espagne (1728), en Italie (1733), en Allemagne (1736) [27].

De nouvelles Grandes loges apparurent ensuite : la Grande Loge d'Irlande (1725), la Grande Loge d'Écosse (1736) ou la Grande Loge de France (1738[28]).

Quelques années plus tard autour de la Loge de York puis autour d'autres loges londoniennes, une autre Grande Loge anglaise, sous le nom de Grand Lodge of Ancient Masons, se forma et s'opposa à la première, à laquelle elle reprochait d'avoir déchristianisé le rituel. Elle s'appuiera sur les constitutions de Laurence Dermott (Ahiman Rezon - 1751) et inspirera à son tour un certain nombre de loges en dehors du Royaume-Uni[29], mais aussi dans les colonies d'Amérique du Nord.

À l'époque des guerres napoléoniennes et du premier affrontement des empires européens, les deux Grandes Loges britanniques se rassemblèrent en 1813 autour d'une nouvelle obédience, appelée Grande Loge unie d'Angleterre (United Grand Lodge of England) dans un «Traité d'Union» d'inspiration plus «ancienne» que «moderne». Dans le même temps, l'empereur Napoléon Ier imposait en France la réorganisation de la franc-maçonnerie autour du Grand Orient de France et d'une orientation plus proche de celle des «modernes»[30].

Développement des différents rites maçonniques

Article détaillé : Rite maçonnique.

Un rite maçonnique est un ensemble cohérent de rituels et de pratiques maçonniques.

Au XVIIe siècle, les rituels maçonniques, bien plus simples que ceux du siècle suivant, n'étaient pas censés être écrits et n'étaient jamais imprimés. Ils ne sont plus connus aujourd'hui que grâce à un très petit nombre de notes manuscrites ayant échappé à la règle et au temps, mais aussi par quelques anciennes divulgations. L'étude de ces documents montre qu'ils évoluèrent assez énormément au fil du temps[31].

Plat maçonnique en Faïence
France, XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, après la réorganisation des pratiques consécutives à la fondation des premières Grandes Loges, les Ancients et les Moderns pratiquent de nouveau des rituels assez identiques, qui ne se distinguent que par un assez petit nombre de points remarquables, tels que la place de certains éléments symboliques, la manière de transmettre les mots de passe, ou une référence plus ou moindre à la religion chrétienne.

Cependant, dès les années 1740, on voit naitre de nouvelles divergences, à côté des rituels respectant les traditions des trois premiers degrés, sous la forme de plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de «hauts grades» dont énormément n'étaient que des variantes les uns des autres, ou restèrent à l'état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques ainsi qu'à les rassembler en ensembles cohérents et stables : les rites maçonniques. Les plus connus à travers le monde sont le Rite émulation, le Rite écossais ancien et accepté, le Rite d'York et le Rite Français. Légèrement plus d'une dizaine d'autres, d'ancienneté et de notoriété extrêmement diverses, sont pratiqués à travers le monde.

Les différences entre tous ces rites sont le plus souvent minimes en ce qui concerne les trois degrés fondamentaux de la franc-maçonnerie, et ne deviennent substantielles qu'au niveau des degrés additionnels et facultatifs quelquefois appelés «hauts-grades».

Organisation

La franc-maçonnerie est organisée en loges, qui sont les groupes fondamentaux, les seuls qui disposent du pouvoir essentiel en franc-maçonnerie : celui d'initier de nouveaux membres. Ces loges sont elles-mêmes regroupées en obédiences qui sont des fédérations de loges (ou ateliers) ou de rites. Enfin, l'expression «Ordre maçonnique» sert à désigner l'idéal d'une franc-maçonnerie universelle. Cette organisation en loges et ordres fut beaucoup copiée ensuite par la plupart d'organisations non-maçonniques, essentiellement au Royaume-Uni ainsi qu'aux États-Unis, comme les nombreuses sociétés amicales ou le B'nai B'rith.

Les deux branches principales

Article détaillé : Régularité maçonnique.
Franc-maçon anglais au XIXe siècle

Bien qu'il existe un nombre important d'obédiences maçonniques, toutes particulièrement différentes dans leurs pratiques et leurs conceptions, on peut néanmoins tenter de les répartir en deux branches principales. Si on devait nommer ces deux branches de la franc-maçonnerie, on pourrait leur donner le surnom approximatif, et quelque peu réducteur, de branches libérale et traditionnelle.

Le schisme de 1877

Il fut une époque où le Grand Orient de Belgique, le Grand Orient de France et la Maçonnerie anglo-américaine se reconnaissaient mutuellement. Mais la majorité des obédiences régulières cessèrent leurs relations avec eux suite à querelles concernant l'admission de non-croyants parmi les francs-maçons.

En Belgique, le conflit entre l'Église catholique romaine et la franc-maçonnerie amena le Grand Orient de Belgique à supprimer de ses rituels et documents toute mention du Grand Architecte de l'Univers dès 1875.

En France, dans une situation identique qui voyait l'Église catholique, alors particulièrement majoritaire, condamner avec vigueur à la fois la franc-maçonnerie et les institutions républicaines de la France[33], le Grand Orient de France commença par renoncer en 1877 à l'obligation, pour ses membres, de croire «en Dieu et en l'immortalité de l'âme». Dix ans plus tard, il rendit facultative la référence au Grand Architecte de l'Univers dans ses rituels. Il les expurgea aussi en particulièrement grande partie des symboles et enseignements relevant d'une transcendance judéo-chrétienne[34]. Suite à ces évolutions, la Grande Loge unie d'Angleterre, après plusieurs requêtes et démarches, le déclara irrégulier de par le monde[35]. Elle fut au fil du temps suivie dans cette démarche par l'ensemble des autres obédiences de son groupe et cette situation est toujours d'actualité actuellement.

Cependant, une étude américaine récente a démontré que le Grand Orient de France avait déjà commencé à perdre la reconnaissance de certaines Grandes Loges des USA dès 1869 pour d'autres raisons, liées à la politique raciale de ces grandes loges, et qu'inversement, il conserva des relations de reconnaissance avec 12 autres Grandes Loges américaines après 1918[36].

Par pays

Pour les précisions relatives à un pays donné, voir les : articles détaillés dédiés à chaque pays.
Nombre de francs-maçons dans le monde[37].

Dès son origine, la franc-maçonnerie vit le paradoxe de proclamer une recherche d'universalisme, tout en existant sous des modes extrêmement différents selon les époques et les pays.

En 2005, elle comptait entre 2 et 4 millions d'adhérents dans le monde[38], contre 7 millions dans les années 1950. Cette baisse d'effectifs a touché essentiellement la maçonnerie anglo-américaine dont les effectifs avaient presque doublé dans les dix années qui suivirent la Deuxième Guerre mondiale avant de diminuer progressivement de plus de 60 % au cours des cinquante années suivantes[39]. En Europe continentale, les effectifs avaient énormément diminué après l'Occupation et n'avaient pas connu une augmentation identique dans les années 1950. Ils sont aujourd'hui plutôt en hausse.

Tombe maçonnique à Pilgrim's Rest en Afrique du Sud

Dans la majorité des pays latins, c'est la franc-maçonnerie adogmatique, dite libérale qui prédomine. Elle est ainsi particulièrement présente en Europe (elle forme la majeure partie de la maçonnerie européenne) et en Amérique latine. Au Canada, elle est assez marginale et elle est quasi-inexistante aux États-Unis, où les rares loges libérales sont essentiellement fréquentées par des européens résidents ou de passage.

Tout le reste du monde tend plutôt à suivre la branche anglo-américaine mainstream.

Dans certains pays, cependant, les deux mouvements cœxistent, soit dans une relation amicale de compréhension mutuelle (en particulier dans certaines régions où la franc-maçonnerie, toutes tendances confondues, a été spécifiquement persécutée), soit avec des rapports plus tendus.

Pratiques

Les pratiques fluctuent dans leurs détails suivant le rite suivi par la loge. Cependant, il existe d'assez nombreuses constantes :

Recrutement

Si la cooptation est de coutume en franc-maçonnerie, chacun est cependant libre de déposer sa candidature. Les sites web de certaines obédiences précisent les démarches à suivre. Si on connaît l'adresse d'une loge spécifique, il est aussi envisageable de lui écrire. En pratique, il y a peu de candidatures spontanées : la majorité des postulants connaissent un membre de la loge qui leur a proposé de les instruire sur la démarche maçonnique et de parrainer leur candidature. Cependant le processus d'admission est le même pour tous et prend du temps.

Il faut être majeur mais aussi libre et de bonnes mœurs pour devenir franc-maçon. Si cette Liberté visait jadis à exclure l'esclave, son interprétation évolua rapidement au sens de libre de tout préjugé, ouvert à une remise en question de soi. Être «de bonnes mœurs» se traduit actuellement, entre autres, par l'examen du casier judiciaire. Une fois la candidature introduite, le postulant sera enquêté par différents membres de la loge pour évaluer si sa démarche est honnête, sincère, murie et motivée, et si elle s'adresse à la loge la plus susceptible de répondre à sa quête spirituelle. Selon leurs landmarks, certaines obédiences de la branche respectant les traditions exigent que le candidat soit chrétien (Grande Loges scandinaves), d'autres ne lui demandent que d'affirmer sa foi en Dieu, d'autres enfin se limitent à exiger de lui qu'il accepte l'existence d'un «Être Suprême», ou d'un «Principe supérieur». Dans les obédiences libérales, aucune croyance spécifique n'est exigée.

Au terme de la procédure, et dans la majorité des rites à l'issue d'une audition sous le bandeau devant la loge réunie, celle-ci décide en toute souveraineté d'initier — ou non — un nouveau membre. En cas de refus, l'ou les parrains aident le candidat refusé à analyser ce refus. À moins d'un motif grave, une nouvelle demande peut être introduite au bout d'une période de maturation. On dit quelquefois de ce candidat qu'il s'est fait blackbouler, le vote des membres de la loge se faisant habituellement avec boules blanches et noires.

Un franc-maçon peut à tout moment se mettre «en sommeil» – c'est-à-dire cesser de participer aux activités tout en continuant de payer sa cotisation – ou présenter sa démission. Un franc-maçon qui a démissionné de manière régulière peut, ultérieurement, solliciter sa réintégration. Les maçons aiment dire que la difficulté d'y entrer et la facilité d'en sortir font de la franc-maçonnerie tout le contraire d'une secte.

Initiation

Rituel d'initiation. Gravure anglaise, 1809

Une fois le candidat accepté par la loge, il est initié au cours d'une cérémonie spécifique. Celle-ci peut être un peu différente selon les rites, mais son déroulement consiste toujours en une série d'épreuves qui mènent symboliquement l'impétrant d'un état d'obscurité, d'aliénation et d'enfermement à un état d'illumination, d'ouverture et de liberté. Les premiers signes de reconnaissance lui sont alors enseignés et le profane devient apprenti.

Statut des membres

Dans cette société initiatique, les frères et sœurs sont en premier lieu «apprentis» avant de passer «compagnons» puis d'être élevés à la «maîtrise». Durant tout le temps où le nouveau membre sera apprenti, il ne lui sera pas permis de prendre la parole au sein de la loge : il devra uniquement écouter, pour s'imprégner de l'esprit des tenues.

À ces trois degrés fondamentaux s'ajoutent différents dispositifs facultatifs de «hauts grades» échelonnés sur un nombre variable de degrés additionnels (trente degrés supplémentaires au Rite écossais ancien et accepté, quatre au Rite écossais rectifié, six au Rite Opératif de Salomon et jusqu'à 90 et 96 dans certains rites égyptiens). Dans les dispositifs où ils sont nombreux, seuls quelques-uns de ces grades sont réellement pratiqués lors des "tenues".

Une loge est encadrée par les «cinq lumières» : le vénérable maître-en-chaire (ou président), le premier surveillant, le second surveillant, l'orateur (dans les rites d'origine française) et le secrétaire. Il existe aussi d'autres «officiers» occupant des fonctions (offices) spécifiques. Celles-ci n'ont aucun rapport avec le grade ou degré (hormis qu'il faille être maître depuis deux ou trois ans). Les officiers sont le plus souvent élus chaque année par la loge. Suivant les loges, les fonctions sont reconductibles deux ou trois ans.

Les tenues

Les francs-maçons se réunissent dans des temples où les réunions, nommées tenues, se déroulent selon le rituel adopté par l'atelier, le rite ou l'obédience. Les maçons portent un tablier et des gants blancs, les officiers sont en outre pourvus d'objets symboliques (maillet, glaive…). Les tenues sont présidées par le Vénérable Maître-en-chaire. Certaines tenues sont dites «blanches ouvertes» parce qu'elles sont ouvertes à des profanes, d'autres «blanches fermées» car l'orateur est profane et l'assemblée composée de maçons.

Dans la tradition d'origine française, les membres de la loge présentent à tour de rôle, au cours de la "tenue", des travaux de réflexion symboliques, philosophiques, sociaux ou d'actualité appelés morceaux d'architecture ou plus couramment «planches» qui sont ensuite discutés au sein de la loge. Dans la tradition d'origine britannique, ces exposés sont le plus fréquemment présentés en dehors des tenues symboliques.

Banquet maçonnique, France, vers 1840.

Une des particularités de la discussion en loge repose sur des principes dont l'efficacité est avérée :

Enfin, certaines tenues sont consacrées à des événements spécifiques : ouverture de la loge en début d'année, initiation de profane, passage au grade de Compagnon, élévation au grade de Maître, banquet rituel – quelquefois appelé banquet d'ordre – aux solstices d'hivers et d'été, élections de fin d'année, etc.

Toujours rituelles au rite émulation, et fréquemment rituelles dans les autres rites, les agapes sont censées être le prolongement naturel et obligatoire de la tenue.

Personnalités franc-maçonnes

De particulièrement nombreuses personnalités ont appartenu à la franc-maçonnerie[40]. Pour n'en présenter que dix parmi les plus connues et les plus fréquemment citées, on peut mentionner Benjamin Franklin, Voltaire, Frédéric II, Gœthe, Mozart, George Washington, Jules Ferry, Théodore Roosevelt, Simon Bolivar ou le duc de Kent.

Valeurs et objectifs affichés

La maçonnerie revendique un certain nombre de valeurs. Ses membres s'estiment ainsi liés par des idéaux, tant éthiques que métaphysiques.

Croyances religieuses

L'esprit de tolérance fait partie des valeurs affichées par la franc-maçonnerie.

La spiritualité étant omniprésente tout autant dans le symbolisme que dans la démarche philosophique sur laquelle repose la totalité de la franc-maçonnerie, la très grande majorité des loges (sauf en France qui est une exception) requiert la croyance en un «Être Suprême» ou «Grand Architecte de l'Univers». Mais le terme de «Grand Architecte» peut être interprété de façon particulièrement diverse d'une loge à l'autre. Il est quelquefois entendu de manière symbolique, en incluant des visions respectant les traditions de «Dieu» ou de la Nature, dans le sens de Baruch Spinoza et Gœthe, ou des visions athées de «réalité ultime», ou d'unité cosmique comme on peut en trouver dans certaines religions orientales et dans l'idéalisme occidental. D'autres loges, essentiellement nord-américaines, récusent les acceptions dérivées des religions naturalistes et humanistes. Depuis le début du XIXe siècle, certaines obédiences ont des exigences religieuses supplémentaires, comme le théisme ou la croyance en l'immortalité de l'âme. La franc-maçonnerie qui prédomine en Scandinavie accepte seulement les chrétiens.

Dans les branches dérivées de la franc-maçonnerie dite "libérale", cette croyance en un «Être Suprême» est facultative et les agnostiques ou les athées sont acceptés sans problème, ce qui est devenu la principale cause des mésententes entre les obédiences respectant les traditions et libérales.

Place de la femme

Article détaillé : Femmes en franc-maçonnerie.

La position de la femme dans la franc-maçonnerie est complexe. Ainsi selon le dictionnaire des symboles :

«La Franc-maçonnerie serait à ranger parmi les initiations polaires masculines ; d'où les difficultés rencontrées pour résoudre le problème, diversement tranché selon les obédiences, de l'admission des femmes aux mystères maçonniques[41]»
Réception d'une jeune femme dans une loge d'adoption du Premier Empire.

De nombreuses initiations de femmes eurent lieu en France au XVIIIe siècle où des loges dites d'adoption furent créées dès 1740[42], puis rassemblées sous l'égide du Grand Orient de France. Frères et Sœurs procédaient quelquefois à des tenues communes. Après la Révolution, ces loges d'adoption se recréèrent sous l'Empire en perdant cependant le caractère indépendant ou alors frondeur qu'elles avaient eu au XVIIIe siècle. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour voir en 1882 une loge de la Grande Loge symbolique écossaise initier Maria Deraismes, journaliste et militante féministe. Celle-ci fondera ensuite l'obédience mixte internationale du Droit humain.

Actuellement, dans la majorité des pays européens, les femmes peuvent rejoindre des obédiences mixtes ou exclusivement féminines, les plus anciennes étant l'Ordre maçonnique mixte international Le Droit humain, fondé en 1901 et l'Order of Women Freemasons (OWF), fondé en 1908 par une scission du Droit Humain.

Les obédiences libérales reconnaissent le plus souvent les loges mixtes et féminines. Certaines, comme le Grand Orient de France, reconnaissent les loges féminines et acceptent la présence de femmes dans leurs loges, mais ne les initient pas.

La franc-maçonnerie de la branche respectant les traditions, par contre, ne reconnaît formellement aucun groupe acceptant les femmes, quoique dans de nombreux pays des relations informelles ou des coopérations ponctuelles puissent exister. C'est ainsi par exemple que la Grande Loge unie d'Angleterre considère depuis 1999[43] que certaines obédiences féminines (essentiellement HFAF et OWF), respectant une stricte non-mixité, doivent être vues comme faisant partie de la Franc-maçonnerie, sans pouvoir être reconnues officiellement dans un traité autorisant des visites mutuelles[44].

En Amérique du Nord (États-Unis et Canada), il est plus commun que les femmes ne rejoignent pas la franc-maçonnerie directement mais via des associations différentes, comportant leurs propres traditions et leurs propres rituels, comme the Order of the Eastern Star ou Daughters of the Nile qui fonctionnent de concert avec les loges maçonniques respectant les traditions. Quoique l'Amérique du Nord suive le plus souvent l'Angleterre sur de nombreux points, c'est sur ce continent que se concentre actuellement essentiellement la résistance à la reconnaissance des femmes francs-maçonnes.

Symbolique

La franc-maçonnerie «symbolique» ou «bleue», celle des trois premiers degrés de l'initiation, emprunte énormément de ses symboles à l'art de bâtir pratiqué par les constructeurs des cathédrales au Moyen Âge qu'elle considère comme ses prédécesseurs et dont elle a hérité la notion même de loge, l'endroit où se réunissent les ouvriers. À ce titre, la franc-maçonnerie ou Art royal a des points communs avec le compagnonnage et partage avec lui des symboles et valeurs. Les francs-maçons se disent spéculatifs (du latin speculare, réfléchir) comparé aux compagnons-maçons qu'ils qualifient d'opératifs.

L'équerre et le compas, le maillet et le ciseau, le niveau et le fil à plomb, la règle et le levier, la truelle et bien d'autres symboles appartiennent à cette tradition. Quant au personnage d'Hiram et au mythodrame qui le présente comme l'architecte du temple de Salomon, il opère une rupture avec la tradition opérative et amorce une transition avec des thèmes symboliques explorés aux degrés suivants comme l'alchimie, la kabbale et la tradition chevaleresque.

Mozart, lui-même franc-maçon, dans son opéra : La Flûte enchantée, fait usage du symbolisme de la franc-maçonnerie[45].

Ésotérisme

Bien qu'elle ne propose pas à proprement parler une doctrine qui serait cachée aux non-initiés, la franc-maçonnerie est quelquefois reconnue comme ésotérique dans sa pratique, dont certains aspects ne sont le plus souvent pas révélés au public.

Plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer ces «secrets» :

Cependant, les rituels maçonniques et les signes de reconnaissance ayant été publiés depuis longtemps[46], certains considèrent qu'il n'y aurait plus aucun secret à découvrir en franc-maçonnerie en dehors de ceux que forment, selon les adeptes, la «magie du vécu» et l'élaboration lente d'une compréhension intime du processus initiatique maçonnique, incommunicables par nature à qui ne les a jamais expérimentées.

La franc-maçonnerie se présente par conséquent actuellement plus fréquemment comme une société «discrète» que comme une société «secrète». Chaque maçon est libre de se dévoiler mais ne peut dévoiler un autre maçon vivant.

Critiques et oppositions

La franc-maçonnerie a fait l'objet de nombreuses critiques et oppositions aux motifs particulièrement variables selon les époques et les pays, qui peuvent se regrouper en trois grands thèmes, par ordre d'apparition historique :

Certains spécialistes[47] parlent de «maçonnophobie», quoique ces oppositions soient généralement regroupées sous les termes génériques d'antimaçonnisme.

Critiques religieuses

Statutairement, la franc-maçonnerie a toujours été ouverte aux membres de l'ensemble des religions[48]. Par contre, elle a, dès le départ, fait l'objet de critiques d'origines religieuses particulièrement diverses selon les pays dans la mesure où elles dépendent des pratiques religieuses et maçonniques spécifiques à chacun d'entre eux. Il est cependant envisageable d'identifier quelques grandes lignes communes.

Critiques catholiques

La principale opposition religieuse date des origines de la franc-maçonnerie et provient de l'Église catholique qui considère qu'elle propage le relativisme en matière religieuse, c'est-à-dire l'idée selon laquelle aucune religion ne serait plus vraie que les autres.

«

(Pour le franc-maçon), la ferme adhésion à la vérité de Dieu révélée dans l'Église devient une simple appartenance à une institution reconnue comme une forme spécifique d'expression, à côté d'autres formes d'expression, plus ou moins aussi envisageables et valables d'autre part, de l'orientation de l'homme vers ce qui est éternel. [49]

»
Couverture d'un des fascicules du Canular de Taxil.

D'autre part, quelques auteurs catholiques du XIXe siècle ont aussi condamné la totalité de la franc-maçonnerie au motif de pratiques théurgiques qu'ils considéraient représentatives. C'est dans le même contexte qu'est apparu le célèbre Canular de Taxil.

La première condamnation de la franc-maçonnerie par l'Église catholique tombe en 1738 avec la bulle du pape Clément XII In eminenti apostolatus specula. Elle est reprise par plusieurs de ses successeurs, dont le pape Benoît XIV dans l'encyclique Providas et Léon XIII dans l'encyclique Humanum Genus. En 1917, le code de droit canonique déclare explicitement que l'appartenance à une loge maçonnique entraîne l'excommunication automatique.

Sous le pape Jean XXIII une tentative de compréhension du phénomène maçonnique est entreprise[50]. Dans les années 1970, en particulier en France, des tentatives de réconciliation entre l'église catholique et la franc-maçonnerie voient le jour[51]. Le code révisé de 1981 ne cite plus explicitement la franc-maçonnerie parmi les sociétés secrètes condamnées par la loi canonique.

Cependant, le 26 novembre 1983, une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi alors dirigée par Joseph Ratzinger (devenu depuis le pape Benoît XVI) réaffirme l'interdiction faite aux catholiques de rejoindre la maçonnerie sous toutes ses formes ou tendances. Le 2 mars 2007 le Vatican redit son opposition aux francs-maçons. «L'appartenance à la Franc-maçonnerie ainsi qu'à l'Église catholique sont incompatibles» aux yeux de l'Église, rappelle Mgr Gianfranco Girotti, régent du tribunal de la pénitencerie apostolique. Ce prélat souligne que «l'Église catholique a toujours critiqué la conception mystique propre à la franc-maçonnerie, la déclarant incompatible avec sa propre doctrine» et rappelle avec la Congrégation pour la doctrine de la foi que l'adhésion à une loge maçonnique demeure interdite par l'Église. Ceux qui y contreviennent sont en état de «péché grave» et ne peuvent pas avoir accès à l'eucharistie[52].

Critiques protestantes

Certaines Églises protestantes s'opposent aussi à la franc-maçonnerie. L'une des raisons avancées par les fondateurs d'une nouvelle Église, l'«Église méthodiste libre» en 1860, était qu'ils soupçonnaient l'Église méthodiste d'être influencée par les francs-maçons et les membres d'autres sociétés secrètes. L'Église méthodiste libre continue d'ailleurs à interdire à ses membres d'en faire partie. Il y a peu de temps toujours, la Southern Baptist Convention, principale association baptiste des États-Unis, a déclaré elle aussi que l'appartenance à la franc-maçonnerie était incompatible avec ses croyances.

Critiques musulmanes

Les critiques musulmanes à l'encontre de la franc-maçonnerie sont rares et historiquement récentes. Mais elles n'en demeurent pas moins de temps à autres virulentes. À ce titre, le 15 juillet 1978, une fatwa[53] est prononcée en Égypte par le Collège islamique de l'Université El-Azahar du Caire. Celle-ci prohibe formellement l'initiation maçonnique aux musulmans. Cependant, de nombreux pays de traditions musulmanes comme le Maroc ou la Turquie n'ont pas intégré cette fatwa dans le cadre de leurs législations respectives.

Oppositions politiques

La franc-maçonnerie a été l'objet de nombreuses attaques de partis politiques catholiques, d'extrême droite, antisémites, antiparlementaires, communistes, ou simplement anti-maçonniques, par exemple sous forme d'accusation de complot maçonnique. La majorité des pouvoirs totalitaires l'ont combattue.

Aujourd'hui, elle est le plus souvent particulièrement mal vue par les extrêmes de droite ou de gauche[54]. Réciproquement, le fait d'avoir tenu des propos extrémistes est incompatible avec l'entrée dans de nombreuses obédiences maçonniques de plusieurs pays.

Oppositions monarchiques

Dans certaines monarchies, la franc-maçonnerie fut interdite pour des motifs politiques. À titre d'exemple, si les persécutions antimaçonniques d'Espagne, en 1740, puis du Portugal, en 1744, ont une origine plus certainement religieuse que véritablement politique, celles du XIXe siècle en Espagne sont liées à des problématiques politiques, surtout à l'engagement de nombreux francs-maçons en faveur de l'indépendance des colonies espagnoles d'Amérique du Sud[55].

Interdictions communistes

Bien que quelques communistes célèbres aient pu être francs-maçons à une période de leur vie, surtout en France, les partis communistes ont à partir des années 1920 surtout condamné la franc-maçonnerie, reconnue comme étant d'origine bourgeoise.

En 1922, les bolcheviks déclarent préparer une révolution mondiale. Pour Léon Trotski, l'appartenance à une loge maçonnique suppose la collaboration de classe, obligatoirement contre-révolutionnaire, et par conséquent incompatible avec le militantisme révolutionnaire : «La franc-maçonnerie est une plaie sur le corps du communisme français, qu'il faut brûler au fer rouge»[56]. Trotski demande à la direction du Parti communiste français de donner l'ordre à ses adhérents maçons de quitter leurs loges : «La dissimulation par quiconque de son appartenance à la franc-maçonnerie sera reconnue comme une pénétration dans le parti d'un agent de l'ennemi et flétrira l'individu en cause d'une tache d'ignominie devant le prolétariat»[57].

Persécutions nazies

Monument à la mémoire de la loge clandestine «Liberté chérie» dans le camp de concentration d'Esterwegen
Le Myosotis, quelquefois utilisé comme emblème maçonnique

Le nombre de franc-maçons tués à l'époque nazie n'est pas précisément connu, mais il est estimé entre 80 000 et 200 000[58].

Les archives du Reichssicherheitshauptamt (RSHA, bureau du haut commandement des services de sécurité), démontrent que des persécutions de francs-maçons furent organisées. Cependant, les historiens estiment que la majorité de ceux pour lesquels ces persécutions allèrent jusqu'à la déportation furent envoyés à la mort pour un ensemble de motifs (dont le plus fréquemment leur engagement dans les mouvements de résistance ou leur appartenance aux peuples exterminés par les nazis), et particulièrement rarement uniquement au motif exclusif de leur appartenance maçonnique[59].

La loge belge «Liberté chérie» est réputée pour avoir été fondée à l'intérieur du camp de concentration d'Esterwegen et y avoir fonctionné pendant à peu près un an.

En 1948, le myosotis, cette petite fleur bleue nommée en allemand «Vergissmeinnicht» («ne m'oubliez pas») fut adoptée comme emblème par la Grande Loge Unie d'Allemagne à l'occasion de sa première conférence annuelle. Fréquemment représentée sous la forme d'un pictogramme, elle rappelle dans ce contexte spécifique le souvenir de tous ceux qui ont souffert au nom de la franc-maçonnerie, en particulier durant la période nazie[60].

Autres oppositions politiques

Dans certains pays où sont présentes des obédiences maçonniques qui s'engagent dans la réflexion politique, cet engagement a fait l'objet d'oppositions elles aussi politiques. C'est par exemple le cas en Belgique et en France au sujet des lois relatives à la laïcité ou à la contraception[61].

Critiques et scandales liés au monde professionnel

Pour les précisions relatives à un pays donné, voir les : articles détaillés consacrés à chaque pays.

Certains[62] considèrent que la franc-maçonnerie n'est en fait qu'un vaste réseau social construit dans l'intérêt de ses membres.

Des pratiques douteuses ont quelquefois impliqué des francs-maçons ou alors des loges entières, telle l'affaire des casseroles en France au début du XXe siècle, l'affaire Roberto Calvi ou celle de la Loge P2 dans l'Italie des années 1980.

Voir aussi

Liens externes

Annuaires de sites maçonniques :

Sociétés et revues de recherches maçonnologiques les plus fréquemment citées dans les ouvrages de référence :

Site proposant de nombreux textes et rituels maçonniques anciens, tombés dans le domaine public :


Ressources documentaires

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article

Autres ressources documentaires

Voir l'article annexe : Bibliographie sur la franc-maçonnerie.

Notes et références

  1. Voir par exemple Hivert Messeca 2008, p.  306-311
  2. C'est-à-dire que les membres décident de l'admission d'un nouveau membre. À ne pas confondre avec la candidature qui peut être spontanée. Voir franc-maçonnerie#Recrutement
  3. (Stevenson 1999)
  4. Bref historique de la franc-maçonnerie
  5. Voir par exemple le site de la Grande Loge de Belgique (consulté le 29/12/2007)
  6. Surtout dans la franc-maçonnerie de langue anglaise : voir par exemple : (en) Masonic Medical Centre for Children (consulté le 29/01/2007), mais également en français la Charte de la Loge Nationale française (consulté le 10/10/2007)
  7. sans pour tout autant qu'il soit envisageable de déduire de l'étude des textes de sa tradition une définition univoque de ce mot. cf par ex. (en) Universal freemasonry Michaël Segall (consulté le 29/01/2007)
  8. Voir l'article Franc-maçonnerie par pays
  9. (Delon 2008)
  10. C'est surtout le cas des «loges de recherches» telle que la Quatuor Coronati. Leurs travaux concernent le plus souvent la maçonnologie et leur recrutement est fréquemment international.
  11. (Hivert Messeca 2008, p.  618)
  12. (Dachez 2003, p.  8-11)
  13. (Hivert Messeca 2008, p.  526-527)
  14. Manuscrit régius (consulté le 12/01/2008)
  15. Le discours de Ramsay fut prononcé en 1736, imprimé en 1737 et remanié en 1738.
  16. "Ce'Séthos'était avant tout une œuvre de fiction, malgré des emprunts à Diodore de Sicile ainsi qu'aux écrits hermétiques, et les descriptions des diverses épreuves en rapport avec les mystère d'Isis que devait surmonter le héros ont séduit l'imagination de bien des lecteurs du XVIIIe siècle", James Stevens Curl, prof. à l'université de Montfort, Leicester, 'les thèmes décoratifs égyptisants et la franc-maçonnerie, in L'Égyptomanie à l'épreuve de l'archéologie, Louvre, actes du colloque de 1994, éd. du Gram, 1996, p. 349
  17. Mentionné dans la Thrène des muses de Henry Adamson (1638), il est décrit dans le Manuscrit d'Édimbourg (c. 1690), qui fut le rituel de la Loge de Canongate-Kilwining près d'Édimbourg. Voir par ex. Fiche bibliographique de l'ouvrage "Histoire du rite du mot de maçon... " (vérifié 02/03/2007)
  18. (Négrier 2005, p.  75)
  19. (cf. l'article Rite du Mot de maçon)
  20. (Cooper 2000, p.  2-8)
  21. (Dachez 2003, p.  33)
  22. (Kervella 2009, p.  31-57)
  23. Roger Dachez, Les origines de la maçonnerie spéculative, état des théories actuelles, dans la revue "Renaissance traditionnelle", consulté en ligne (26/12/2007)
  24. (Hivert Messeca 2008, p.  630-634)
  25. (Dachez 2003, p.  44)
  26. En France et en Italie, mais aussi dans une moindre mesure dans d'autres pays d'Europe, une partie des loges fondées au début du XVIIIe siècle le sont indépendamment de la Grande Loge de Londres, par des aristocrates écossais jacobites en exil (Kervella 2009)
  27. (Mitterrand et al. 1992, p.  934c) En France, la première loge attestée avec certitude date de «vers 1725», mais la présence dès 1688 d'une loge composée d'écossais en exil reste un sujet de recherche (voir l'article détaillé «Franc-maçonnerie en France»). Dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord, la première loge fixe certaine date d'avant 1733 et peut-être de 1720 (voir l'article détaillé «Franc-maçonnerie aux États-Unis d'Amérique»).
  28. Philip Wharton, haut aristocrate anglais de passage, fut appelé «Grand Maître des Loges de France» dès 1728, mais la Grande Loge elle-même ne fut constituée que le 24 juin 1738 (voir l'article détaillé «Franc-maçonnerie en France»)
  29. (Naudon 1987, p.  40)
  30. Voir le site Napoleon & Empire pour un panorama de la franc-maçonnerie sous le Consulat et le Premier Empire (consulté le 09/08/2010)
  31. Voir par exemple celles publiées sur ce site (consulté le 17/07/2007)
  32. Voir le texte dans l'article : Grande Loge unie d'Angleterre.
  33. (Mitterrand et al. 1992, p.  935c et 938c)
  34. Roger Dachez, op. cit., p. 102
  35. (Naudon 1987, p.  104)
  36. Paul Bessel, U. S. Recognition of French Grand Lodges in the 1900s, publiée dans Heredom : The Transactions of the Scottish Rite Research Society -- volume 5, 1996, pages 221-244, consultable sur le site web de l'auteur lien vérifié le 12/11/2007 (en)
  37. Selon «Les francs-maçons», dans L'Histoire, vol.  256, 2001 (ISSN 01822411)  
  38. 4 millions en 2007, selon le journaliste et philosophe François De Smet dans le DVD "La Clef Ecossaise"
  39. Source Masonic Service Association of North America (en)
  40. Pour consulter une liste non-exhaustive des particulièrement nombreuses autres personnalités de la franc-maçonnerie, consulter la Catégorie :Personnalité de la franc-maçonnerie
  41. Voir Dictionnaires des symboles, sous «Franc-maçonnerie», Robert Laffont, 1982, p. 465 (ISBN 2.221.50319.8) .
  42. Voir l'article détaillé Femmes en franc-maçonnerie
  43. http ://www. hfaf. org/ugle. htm
  44. http ://fr. wikipedia. org/wiki/Franc-maçonnerie_en_Grande-Bretagne#Franc-ma. C3. A7onnerie_f. C3. A9minine
  45. (Chailley 1983)
  46. Le plus ancien rituel maçonnique identifiable avec certitude comme tel est le manuscrit Edinburgh Register House de 1696.
  47. Surtout R. D. Cooper, conservateur du musée de la Grande Loge d'Écosse et de la bibliothèque maçonnique d'Édimbourg Source (en) .
  48. Voir l'article Constitutions d'Anderson
  49. Osservatore Romano, traduction : La documentation catholique, 5 mai 1985
  50. Pier Carpi, Les Prophéties du pape Jean XXIII, éd. Jean-Claude Lattès/Williams-Alto 1976, repris par les Editions j'ai lu, 1976
  51. (Mitterrand et al. 1992, p.  939)
  52. Source : Le Figaro du 5 mars 2007
  53. (en) selon l'article de C. Layiktez, Freemasonry in islamic world
  54. cf par ex. (D. Ligou et al. 2000, p.  227)
  55. (Naudon 1987, p.  174-176)
  56. Texte «les Cahiers communistes» du 25 nov. 1922.
  57. texte de Trotski extrait des «Quatre Premiers congrès de l'I. C.» [p. 195-198, republié en russe et en anglais dans «Les Cinq premières années de l'I. C.»., 2 déc. 1922
  58. Christopher Hodapp, Freemasons for Dummies, Wiley Publishing Inc., Indianapolis, 2005, p. 85, sec. «Hitler and the Nazi».
  59. (Rossignol 1981)
  60. The True Story Behind This Beloved Emblem of the Craft in Germany (en) , consulté 28/08/2007
  61. Voir par exemple (Historia, 1997, p. 91)
  62. A titre d'exemple, en France, Sophie Coignard, Un État dans l'État, Albin Michel, coll. «essais doc», 2009 (ISBN 978-2226189868)  

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