Gestion actif-passif

La gestion actif-passif, aussi dénommée par son acronyme anglais ALM, est une pratique développée par les institutions financières anglo-saxones dans les années 1970 qui se trouve à la croisée des chemins de la gestion des risques et du pilotage stratégique.

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Page(s) en rapport avec ce sujet :

  • La gestion actif-passif est confrontée à de nouveaux enjeux... en liquidité, permettent de déterminer l'impasse de taux sur la totalité du bilan.... couvrir le risque de translation de la courbe de taux grâce à des swaps''classiques''... (source : laurent.jeanpaul.free)
  • L'impasse de taux mesure la sensibilité de la marge d'intérêt (solde des intérêts reçus et versés résultant..... Leur fonction de gestion actif-passif est ... (source : banque-france)
  • spécifiquement au risque de taux, au risque de liquidité et au risque de change...... Mesure de volume : impasse ou gap (en première approche).... (source : media.bnpparibas)

Poste Montant
Comptes débiteurs 10
Prêts immobiliers aux ménages 25
Prêts d'investissement aux entreprises 20
Titres d'état 5
Dépôts et épargne liquide -20
Comptes à terme -11
Emprunts interbancaires -24
Fonds propres -5
Bilan de WikiBank

La gestion actif-passif, aussi dénommée par son acronyme anglais ALM (Asset and Liability Management), est une pratique développée par les institutions financières anglo-saxones dans les années 1970 qui se trouve à la croisée des chemins de la gestion des risques et du pilotage stratégique. Elle consiste à analyser la situation du bilan[1] et son évolution probable sur un horizon de planification, selon variables vis à vis desquelles elle précise des anticipations (taux d'intérêt, développement commercial, autres variables marché).

Elle a pour objectif d'estimer et piloter l'équilibre entre les ressources et les emplois au regard des risques pris par l'établissement sous contrainte d'un niveau de rentabilité et d'un cadre réglementaire précis et variable selon les pays. Elle analyse toujours le risque de liquidité et le risque de taux, et s'assure du respect des ratios imposés par les régulateurs domestiques et internationaux.

La gestion actif-passif est au centre des préoccupations des directions financières des banques, des institutions financières et des compagnies d'assurances car elle permet d'estimer les risques financiers et de piloter la marge d'intérêts, et de s'assurer qu'il n'y a ni dépassement de limitation de vitesse (risque de taux), ni accoup (grâce aux couvertures), ni assèchement prochain du réservoir d'essence (risque de liquidité). Néanmoins, elle ne permet pas d'anticiper une éventuelle crevaison[2] (défaillance d'une contrepartie importante) et ne s'intéresse que partiellement à la possibilité de vents contraires qui plus est de 150 kmh (crise prolongée de liquidité) ou à l'occurrence de gros bouchons (crise économique).

Par la suite, les concepts techniques seront illustrés au travers de la banque de détail Wikibank dont le bilan est présenté sur la droite.

Périmètre traité par la gestion actif-passif
  • le risque de défaut ou risque de crédit : correspond au risque qu'un client ou qu'une contrepartie devienne insolvable (dépôt de bilan, redressement judiciaire). Ce risque de solvabilité est à l'origine de l'exigence d'un certain niveau de fonds propres minimum défini par le ratio de solvabilité. Ce risque comprend aussi le risque de base, ou de spread.
  • le risque de liquidité : se matérialise par l'incapacité d'investir ou de respecter ses engagements. Pour une banque, ils correspondent par conséquent soit à une perte d'opportunité, soit à l'occurrence d'une crise de liquidité quand celle-ci n'est plus en mesure d'honorer les sorties d'argent (retrait sur dépôts à vue, déblocage de nouveau prêt, remboursement d'emprunt) en dépit de ses liquidités : rentrées d'argent (remboursement de prêt, émission de nouveaux emprunts) et disponibilités (compte à vue, actifs liquides, fonds propres).
  • le risque de taux : traduit l'incertitude sur les résultats financiers induits par l'exposition aux variations de la courbe des taux. Ce risque est analysé en intérêts courus (impact sur la marge d'intérêt) ainsi qu'en valeur de marché (pour les éléments comptabilisés en juste valeur, et les indicateurs règlementaires en valeur actuelle nette).
  • le risque de change : il est lié aux activités en devise, qui se reflètent par les positions au bilan (prêteuse ou emprunteuse nette contre la devise de référence), et le niveau de couverture retenue.

À la lisière et en dehors du périmètre

  • Le risque de marché : ce risque correspond aux impacts des autres variables de marché que celle des taux et des changes : composante action, corrélation et volatilité sont tout autant d'éléments pris en compte dans ces risques. Comme le risque de crédit, il fait aussi l'objet d'une exigence de fonds propres à travers le ratio de solvabilité.
  • Le risque opérationnel : risques induits par un incident dans le processus de gestion courant des opérations. Il peut surtout être induit par un employé (erreur humaine), un dispositif (bug) ou un tiers (fraude, vol, etc. ) Comme le risque de crédit, il fait aussi l'objet d'une exigence de fonds propres à travers le ratio de solvabilité.
  • Le risque de modèle : les techniques de valorisation et de planification reposent sur des hypothèses qui sont par nature fausses. Ainsi, dans les travaux de gestion actif- passif, des écarts sur les comportements de la clientèle (nouvelle production, collecte, remboursements anticipés) ou sur les hypothèse d'évolution des taux biaisent les analyses dans des proportions variables, et peuvent amener les instances de gouvernance à prendre des décisions de gestion défavorables à l'établissement.
  • Les autres risques : le risque de réputation, le risque de catastrophe exceptionnelle (naturelle, économique, etc. ).

Concepts ALM

illustre la position de transformation : emprunteur à court terme (2 premières périodes), prêteur décroissant ensuite
Impasse ou gap de liquidité statique
Cycle de vie d'un prêt
Cycle de vie d'un prêt
  • Impasse ou gap

Une impasse forme la différence[3] entre les emplois et les ressources du bilan pour un ensemble d'opérations, à une date ultérieure donnée.

Cet ensemble d'opérations retenues peut être restreint à un sous-ensemble d'opérations ayant des caractéristiques communes comme le type de taux (fixe, variable, révisable à telle fréquence) ou l'engagement préalable en date d'analyse (en stock, en prévision). À l'instant t, pour un ensemble d'opérations E :

La présentation graphique de l'évolution de ces impasses dans le temps, selon un pas d'analyse généralement trimestriel, permet d'illustrer les perspectives et de mettre en lumière les risques financiers.

  • Statique vs dynamique

L'analyse statique retient l'évolution future des encours d'opérations en stock : déjà engagées ou présentes au bilan. L'analyse dynamique élargit le périmètre d'analyse en ajoutant à l'évolution future des encours du stock, celle des hypothèses de production nouvelle.

  • Écoulement et cycle de vie

La gestion actif-passif assigne à la totalité des opérations un cycle de vie en modélisant les dates d'échéance, que ces dernières soient contractuelles (cas d'un prêt) ou non (cas d'un compte à vue)  : elle définit ainsi la vitesse de sortie du bilan des différents produits. Voir infra.

Impasse statique en liquidité
Poste Amort. Durée t t + 1 t + 2 t + 3 t + 4
Comptes débiteurs linéaire 1 10 0 0 0 0
Prêts immobiliers aux ménages éch. const. 10 25 23 21 19 16
Prêts d'investissement aux entreprises linéaire 4 20 15 10 5 0
Titres d'état in fine 3 5 5 5 0 0
Dépôts et épargne liquide linéaire 10 -20 -18 -16 -14 -12
Comptes à terme in fine 1 -11 0 0 0 0
Emprunts interbancaires in fine 2 -24 -24 0 0 0
Fonds propres in fine 10 -5 -5 -5 -5 -5
Impasse statique de liquidité de WikiBank 0 -4 15 5 -1

La gestion du risque de liquidité forme, avec la solvabilité, la préoccupation essentielle des institutions financières, et des banques surtout[4].

La particularité des bilans de ces institutions réside dans la comptabilisation dans ses livres des opérations clientèle qui se renouvèlent en permanence (actifs et passifs). L'analyse de ce risque se fait en premier lieu par l'observation de l'impasse de liquidité statique[5] qui mesure les besoins ou les excédents de liquidités aux dates futures. L'observation de cette impasse d'une période à une autre permet d'apprécier la déformation du bilan de l'établissement.

L'impasse de liquidité statique de Wikibank est déterminée grâce aux caractéristiques d'amortissement et de durée des opérations qui sont présentées dans le tableau. Ainsi, les prêts d'investissement sont amortissables linéairement sur 4 périodes. En t+1, il reste en stock le montant d'origine duquel est retranché le premier des quatre amortissements de 5 unités, soit 15 unités. Et ainsi de suite pour les autres postes et les autres périodes.

En t (date d'arrêté des comptes), le bilan est équilibré et le gap est nul; en t+1 le gap est négatif (-4), c'est-à-dire qu'il y a plus de ressources que d'emplois; en t+2, le gap est positif (+15), ce qui veut dire qu'il y a moins de ressources que d'emplois : ce besoin de refinancement futur est principalement lié aux échéance des emprunts bancaires à 2 ans qui disparaissent du bilan en t+2. Le caractère amortissable des opérations non échéancées est abordé dans la partie modélisation.

Gestion de la liquidité à court-terme

Poste Solde Type Montant Facteur Assiette
Comptes débiteurs 10 stock 0 0% 0
Prêts immobiliers aux ménages 25 flux -2 70% 1, 4
Prêts d'investissement aux entreprises 20 flux -5 70% 3, 5
Titres d'état 5 encours 5 70% 3, 5
Dépôts et épargne liquide -20 stock -20 21% 4, 2
Comptes à terme -11 stock -11 70% 7, 7
Emprunts interbancaires -24 flux 0 100% 0
Fonds propres -5 stock -5 100% 5
Cœfficient de liquidité de WikiBank 112, 6%

Les banques sont tenues de respecter dans certains pays, des ratios relatifs à la liquidité, imposés par les régulateurs domestiques. En France, la Commission Bancaire impose aux banques de respecter un cœfficient de liquidité[6] à court terme. Il est défini comme le montant des liquidités à court terme pondérées divisées par les engagements à vue ainsi qu'à court terme, aussi pondérées - ou encore défini comme le rapport des flux à encaisser ou encaissables à un mois divisés par les flux à décaisser ou certainement décaissables à un mois aussi. Ce cœfficient doit être en permanence supérieur à 100%, traduisant le fait que le banque doit constamment être capable de faire face à ses engagements sans avoir recours à des emprunts supplémentaires dans le mois qui vient. Ce cœfficient à un mois et les trois ratios d'observation calculés sur les onze mois qui suivent forment une impasse de liquidité statique à un an.

Le calcul du cœfficient est présenté pour Wikibank en faisant l'hypothèse que la période [t, t+1] représente un mois. Il est par conséquent identique à la somme des assiettes de liquidités (1, 4 + 3, 5 + 3, 5 + 5) divisée par la somme des assiettes d'exigibilités (4, 2 + 7, 7) soit = 112, 6%. La limite d'un niveau minimal de 100% est par conséquent respectée. Par contre, il est fortement probable que le seuil des 100% soit franchi à la baisse à t+1 puisque les emprunts interbancaires remboursés à t+2 représenteront dans ce cas une assiette d'exigibilité de 24 x 100% = 24.

La prise en compte des fonds propres à 100% dans les liquidités parait discutable étant donné que, même s'il est envisageable de les diminuer par des pertes, cela reste néanmoins contradictoire avec le ratio de solvabilité qui impose un niveau minimal de fonds propres pour les banques.

Quoique aujourd'hui non harmonisée, l'émergence d'une règlementation mondiale est susceptible d'aboutir prochainement[7] alors que la Commission Bancaire planche déjà sur la réforme de la réglementation actuelle[8].

Le risque de liquidité systémique

La proportion significative des opérations de prêt et emprunts interbancaires expose fortement les banques au risque de réputation interbancaire, qui se matérialise quand une banque ne peut plus faire face à ses besoins de liquidité. En effet, dès que la réputation d'un établissement est atteinte, ce dernier peut se voir refuser le renouvèlement d'emprunts consentis par des confrères, comme l'a révélé la crise de liquidité de 2007-2009.

Gestion du risque de taux

L'analyse du risque de taux repose sur deux approches complémentaires : l'une en intérêts courus, et l'autre en valeur actuelle nette[9]. Elle requiert préalablement de connaitre les expositions aux divers aléas induisant les risques de taux : ce sont les impasses par type de taux.

L'approche en intérêts courus se focalise sur les impasses statiques et dynamiques des opérations présentant des caractéristiques de rémunération homogène : taux fixe, variable ou révisable. Elle accorde une importance spécifique à l'impasse à taux fixe qui est la plus sensible aux variations de taux d'intérêts à court-terme.

Impasses par type de taux

Poste Amort. Type taux t t + 1 t + 2 t + 3 t + 4
Comptes débiteurs linéaire variable 0 0 0 0 0
Prêts immobiliers aux ménages éch. const. fixe 25 23 21 19 16
Prêts d'investissement aux entreprises linéaire révisable 0 0 0 0 0
Titres d'état in fine fixe 5 5 5 0 0
Dépôts et épargne liquide linéaire fixe -20 -18 -16 -14 -12
Comptes à terme in fine fixe 0 0 0 0 0
Emprunts interbancaires in fine révisable 0 0 0 0 0
Fonds propres in fine fixe -5 -5 -5 -5 -5
Impasse à taux fixe statique de WikiBank 5 5 5 0 -1

Les impasses sont analysées par sous-ensembles d'opérations sensibles en intérêt à une même variable. Au contraire de l'impasse en liquidité, les impasses en risque de taux intègrent les instruments de taux d'intérêts inscrits aux hors-bilan (FRA, swaps, cap, floor, options).

L'impasse à taux fixe ou à taux certain, correspond à l'impasse des opérations dont le taux est connu et invariable pendant une durée déterminée sur la période d'analyse. Elle comprend les contrats à taux fixe, les contrats à taux révisable pour la période courant jusqu'à leur date de prochaine révision, mais aussi les contrats capés ou floorés sur la période durant laquelle le seuil (strike) de cap ou de floor est franchi.

Un même contrat peut par conséquent faire partie de différentes impasses selon la date, mais à chaque instant, il ne peut appartenir qu'à une seule impasse.

En plus de l'impasse taux fixe, la gestion actif-passif distingue aussi les impasses sensibles aux index, à savoir :

  • l'impasse taux révisable qui comprend les produits dont le taux est révisé à une fréquence supérieure ou identique à 1 mois
  • l'impasse taux variable qui comprend les produits dont le taux fluctue chaque jour
  • l'impasse inflation qui comprend les produits dont le taux est révisé selon l'inflation (livrets d'épargne réglementée, OATi)
  • l'impasse taux zéro qui comprend les produits sans taux associé tels que les fonds propres, les immobilisations, certains comptes de régularisation, des participations, et peut-être les dépôts à vue
  • l'impasse d'option (en cap, en floor) qui comprend les opérations intégrant une clause de cap ou de floor, mais aussi les caps/floors du hors-bilan

En statique, la somme de ces impasses par type de taux est identique à l'impasse de liquidité statique, tandis qu'en dynamique, la somme des impasses à index est identique à l'impasse à taux fixe.

L'impasse statique à taux fixe de Wikibank est prêteuse à taux fixe à la date d'arrêté de +5. C'est-à-dire qu'elle dispose qui plus est d'emplois à taux fixe que de ressources. Les poste à taux variable ou révisable ne rentre pas en compte dans la détermination de l'impasse statique à taux fixe.

Sensibilité de la marge nette d'intérêts (MNI)

Poste Rémunération Encours t+1 MNI t+1 Variation
Comptes débiteurs eonia+4% 10 0, 5 10 Δ
Prêts immobiliers aux ménages fixe 5% 25 1, 25
Prêts d'investissement aux entreprises euribor+2 % 20 0, 8 20 Δ
Titres d'état fixe 4% 5 4
Dépôts et épargne liquide fixe 1% -20 -0, 2
Comptes à terme fixe 3% -11 -0, 33
Emprunts interbancaires euribor+1% -24 -0, 72 -24 Δ
Fonds propres fixe 0% -5 0
Sensibilité de la MNI en N+1 de WikiBank 1, 5 -6 Δ

Les impasses en risque de taux non nulles sont à l'origine d'un aléa sur la MNI. Un déséquilibre entre emplois et ressources sensibles à un même taux est à l'origine d'une incertitude liée aux évolutions futures des taux concernés. La gestion actif-passif détermine en dynamique la sensibilité de la MNI à des variations de taux selon un intervalle normé qu'elle précise (fréquemment +/- 1 points).

La sensibilité de la MNI de Wikibank est déterminée en faisant l'hypothèse que les encours restent semblables pour chaque poste en t+1, et que les taux court-terme eonia et euribor sont respectivement anticipés à 1% et 2%. Dans ces conditions, en cas de hausse uniforme des taux court-terme de +1 points, la variation de MNI serait de -6 x Δ = -0, 06, soit 4% de la MNI estimée en t+1 à 1, 5.

Si la MNI représente les trois quart du PNB et que l'établissement dispose d'un cœfficient d'exploitation de 60%, dans ce cas cette sensibilité représente 7, 5% du résultat d'exploitation.

Quand le renouvellement des opérations à taux fixe ne rentre pas en considération, déterminer la sensibilité de la MNI à un choc de taux parallèle et uniforme sur les taux courts est équivalent à multiplier le montant moyen de l'impasse à taux fixe dynamique sur une période par le choc (1 pts dans notre exemple). En dynamique, c'est une approximation qui ne prend pas en compte la viscosité liée au délai de refixing, ni l'impact de la variation sur les niveau de taux et de marge de la nouvelle production.

Sensibilité de la VAN

La sensibilité de la valeur actuelle nette du bilan aux chocs de taux d'intérêts est calculée grâce à l'assimilation des impasses à taux fixe du bilan à un ensemble d'obligations à taux fixe zéro-coupon. La sensibilité globale est ainsi identique à la somme des sensibilités (durations de Macaulay modifiées) de chacune de ces obligations à un choc de taux à préciser. En notant le choc de taux Δ, tb les time buckets ou intervalles de temps, et zc les taux zéro-coupons, cette sensibilité s'écrit :

Le Comité de Bâle n'est pas parvenu à définir ainsi qu'à imposer une méthodologie de calcul de fonds propres nécessaires pour couvrir le risque de taux. Ce risque ne fait par conséquent pas l'objet d'un besoin de fonds propres réglementaires (Pilier I). Il fait cependant l'objet d'une exigence en fonds propres économiques[10] dans le cadre du Pilier II, dont la méthodologie de calcul est propre à chaque établissement. Ces méthodologies requièrent néanmoins une validation et un accord des régulateurs domestiques.

Aux États-Unis, cet indicateur est communiqué par l'Office of Thrift Supervision.

Stock
  • produits échéancés : les produits échéancés, qui comprennent une date de maturité, font l'objet d'une modélisation à travers les hypothèses de taux de remboursements anticipés qui accélèrent l'évaporation ou sortie du bilan de ces opérations, tant à l'actif (prêts), qu'au passif (comptes à terme).
  • produits non échéancés clientèle : ces produits font l'objet de conventions traduisant le comportement de la clientèle. Si par exemple un compte à vue peut être exigé et sortir du bilan à tout instant, en pratique, les banques observent leur stabilité dans le temps, et modélisent l'évolution de leurs encours sur des durée de plusieurs années. Il s'agit bien bien entendu opérations de la clientèle : comptes à vue créditeurs, comptes d'épargne liquide (livrets, bons de caisse), comptes numéraires de comptes titres.
  • autres éléments non échéancés : on compte aussi d'autres produits non échéancés : immobilisations, participations, fonds propres, titres subordonnés à durée indéterminés. Tous ces éléments, bien que potentiellement présents indéfiniment dans les livres, font aussi l'objet de convention d'écoulement.
  • produits qui ne sont pas au bilan : les engagements de financements (échéancés) et l'épargne financière (non échéancés) font aussi l'objet d'une modélisation, car ils interagissent avec le bilan. Selon les circonstances, le tirage de ligne confirmées (engagements de financement) peuvent accroître le montants des prêts sans qu'il n'y ait pour tout autant de nouvelles relations avec la clientèle, et les clients peuvent choisir d'accroître ou ré-intermédier leur épargne investie en titre et assurance-vie.

Production nouvelle

A l'instar des produits en stock, la gestion actif-passif fonde ses hypothèses de production nouvelle sur les objectifs commerciaux et les anticipations économiques exogènes en précisant dates (ou générations), montants, type de taux, durées, modalités d'amortissement et caractéristiques optionnelles éventuelles. Ces hypothèses sont principales car elles permettent de déterminer les indicateurs dynamiques et surtout la sensibilité de la MNI. Elles sont d'autant plus importantes que leur impact sur la sensibilité de la MNI à 2 ans est quelquefois plus forts que celui des opérations en stock.

Taux de cession interne

Les taux de cession internes (TCI) [11] forment les taux auxquels la totalité des opérations est échangé en interne pour transférer les risques liés à l'activité bancaire à un pool de trésorerie, et de désensibiliser la marge commerciale aux risques liés à la politique retenu par l'établissement. À l'instar des prix de cession dans l'industrie, ils permettent de déterminer le chiffre d'affaires des centres de profit.

En pratique, quelles sont les missions de l'instance de décision ?

Quand les perspectives de marge et de niveau de risques sont portés à la connaissance de l'instance de décision d'un établissement financier, ce dernier définit dans ce cas sa politique ALM qui consiste à :

  • déterminer le niveau souhaitable d'exposition de l'établissement aux divers risques (liquidité, taux)
  • valider les orientations de développement commercial
  • optimiser l'impasse à taux fixe
  • s'assurer du respect des ratios réglementaires
  • anticiper les opérations de refinancements à moyen terme
  • déterminer la politique tarifaire interne

Pour mettre en place cette politique, l'instance de décision Gestion actif-passif :

  • retient des hypothèses budgétaires et valide les conventions retenues
  • détermine les caractéristiques (montant, durée et fréquence) et timing des refinancements à mettre en place
  • valide les opérations de couverture (en cash ou en dérivé) à mettre en place, conformément aux contraintes comptables (IFRS surtout), en précisant les fenêtres de tir
  • influence la tarification des produits distribués aux clients
  • s'assure du niveau correct des capitaux propres
  • précise les règles de tarification interne qui permettront d'immuniser la marge des centres de profit

Ratios prudentiels

Les ratios prudentiels sont déclinés par chaque régulateur financier domestique[12]. Ces ratios sont généralement la traduction des recommandations émanant du Comité de Bâle sur la supervision bancaire qui siège à la (BRI) qui propose les règles prudentielles mondiales de gestion des risques. Ils forment les principaux indicateurs qui structurent les décisions de la gestion Actif-Passif.

Ratio Description Limite Commentaire
Solvabilité Montant des risques pondérés rapporté aux fonds propres réglementaires > 8%
Liquidité Montant des liquidités rapporté à celui des exigibilités > 100%
Risque de taux Bâle 2[10] Sensibilité de la VAN à un choc de taux de 200 bp selon établissement
Sensibilité de la marge Impacts sur la marge d'intérêts des écarts sur le scénario de taux selon établissement
Ressources permanentes Prorata des emplois rapportés aux ressources, qui plus est de 5 ans > 60% abrogé en 2007

Limites de la Gestion actif-passif

Comme tout exercice prospectif ou de planification, elle présente des limites étant donné qu'elle s'appuie sur des hypothèses qui prolongent généralement les tendances observées. Les erreurs commises par la Gestion Actif-Passif proviennent :

  • du risque de mauvaise interprétation et de simplification
  • du risque de modèle (comportements clientèles, écoulements du stock)
  • de la pertinence des hypothèses de production, fréquemment extrapolées à partir d'observations en régime stationnaire
  • de la précision et de l'exhaustivité du dispositif d'information
  • de l'correction des moyens alloués à la fonction
  • de la compétence des équipes

Liens externes

Bibliographie

  • (en) Alexandre Adam, Handbook of asset and liability management, from models to optimal return strategies, Wiley, Finance, 2007, (ISBN 9780470034965)
  • John Hull (adapté par C. Godlewski, Maxime Merli), Gestion des risques et institutions financières, Pearson, Education, 2007, (ISBN 9782744072185) , chapitre 7
  • Paul Demey, Antoine Frachot, Gaël Riboulet, Introduction à la Gestion Actif-Passif Bancaire, Economica, Gestion, 2003, (ISBN 2717846867)
  • (en) Joël Bessis, Risk Management in Banking, 2nd edition, Wiley, 2002, (ISBN 0471893366)
  • Michel Dubernet, Gestion Actif-Passif et Tarification des Services Bancaires, Economica, Connaissance de la gestion, 1997, (ISBN 2717832335)

Notes et références

  1. en prenant en compte les opérations figurant au bilan et au hors-bilan, et surtout les dérivés, les engagements de financement et de garantie mais aussi la conservation
  2. métaphore utilisée par N. Taleb dans The Black Swan, et récupérée ici dans un contexte semblable
  3. La convention de signe des impasses n'est pas normée, et doit par conséquent être précisée. Dans le présent article, une impasse positive traduit un montant des emplois supérieur au montant des ressources
  4. Charles Goodhart, «Gestion du risque de liquidité», 2008, Banque de France in Revue de la stabilité Financière
  5. ce gap statique est généralement emprunteur à court terme, puis prêteur décroissant, illustrant la transformation que réalisent les banques
  6. ce cœfficient est défini par le CRBF 88-01 qui date de 1988 et qui a été amendée à plusieurs reprises. Sa version actuelle, qui date de 2008 est la suivante : Comité de la Réglementation Bancaire, «CRB 88-01 relatif à liquidité», 1988 modifié, Banque de France}}
  7. Comité de Bâle, «Principles for Sound Liquidity Risk Management and Supervision», 2008, Bank of Mondial Settlements
  8. Natacha Valla, Béatrice Sæs-Escorbiac, Muriel Tiesset, «Liquidité bancaire et stabilité financière», 2006, Banque de France in Revue de la stabilité Financière
  9. Marie-Cécile Paillier, «Mesure et gestion du risque de taux d'intérêt bancaire : approche théorique», 2003, Thèse de l'Université de Limoges
  10. ab Comité de Bâle, «Principles for the Management and Supervision of Interest Rate Risk», 2004, Bank of Mondial Settlements
  11. quelquefois dénommé par leur acronyme anglais FTP pour Fund Transfert Pricing
  12. Offiche of Thrift Supervision (USA), National Credit Union Administration (USA), Commission Bancaire (FRA), Autorité de Contrôle des Assurances et des Mutuelles (FRA),

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